Chants libres présente, en marge du Festival de théâtre
des Amériques, la reprise de l'électr-opéra L'Enfant des glaces, créé par la Compagnie lyrique de
création en septembre 2000. Une conception de la directrice artistique de la
compagnie, Pauline
Vaillancourt,
l'oeuvre est construite sur des textes de Gérard de Nerval et de Francisco
Gómez de Quevedo, et Zack
Settel signe la
musique. Pour cette première collaboration avec Chants libres, avant Pacamambo, un opéra pour jeune public qui
fut créé fin 2002, le compositeur a conçu une musique électroacoustique qui
n'est jamais tout à fait la même, puisque s'ajoutent à la musique sur bande des
traitements électroniques en direct que subit la voix de la soprano Pauline
Vaillancourt.
Le corps d'un enfant a été retrouvé dans les Andes après
500 ans de conservation dans un bloc de glace et son spectre hante, à travers
la chanteuse, l'homme qui l'a découvert (incarné par le comédien Jean Maheux). Le texte est chanté en
plusieurs langues et déformé par les manipulations électroniques, ce n'est donc
pas dans sa compréhension que se situe l'intérêt premier de l'oeuvre, comme
c'est d'ailleurs rarement le cas à l'opéra. La mise en scène et la
scénographie, encore de Pauline Vaillancourt, mais aussi la chorégraphie
de Johanne Madore, les vidéographies d'Yves Labelle, les costumes de Caroline Mercier, les éclairages et les maquillages, bref, chacun
des éléments constitutifs du spectacle contribue à ce que L'Enfant des glaces soit l'oeuvre d'art totale que
l'opéra n'arrive malheureusement pas toujours à être. L'enfant qui sort de la
glace après 500 ans de captivité est peut-être une vision d'un certain art figé
qui ne demanderait pourtant qu'à continuer son évolution. Avec la musique de
Zack Settel, qui est bel et bien du xxie siècle, et une présentation scénique
qui bouscule les conventions, Pauline Vaillancourt continue quant à elle à
offrir des solutions pour lutter contre la stagnation.
-- Réjean Beaucage